Les Comores dépendent économiquement de la France : ce que ça explique pour Mayotte

L'archipel des Comores, à 70 km de Mayotte, survit en grande partie grâce à l'argent envoyé par sa diaspora installée en France. Une réalité économique chiffrée, peu connue, qui éclaire durablement ce que vivent les Mahorais.
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Les Comores dépendent économiquement de la France : ce que ça explique pour Mayotte
Dépendance économique des Comores envers la France par Aboodi Versakaran sur Unplash | Le Mahorais
Libre jusqu'au 28/06/2026

Si vous vous intéressez à Mayotte, vous avez forcément entendu parler des Comores, de l’archipel voisin situé à 70 kilomètres au nord-ouest. Mais rarement sous l’angle économique et pourtant, comprendre comment fonctionne l’économie comorienne, c’est comprendre une partie de ce que vit Mayotte au quotidien. Pas sous l’angle des flux de personnes, mais sous celui des flux d’argent (Mapessa, Marké), de dépendances structurelles et d’équilibres régionaux que ni les discours politiques ni les médias locaux n’expliquent vraiment.

Cet article s’appuie exclusivement sur des données officielles publiées en 2025 et 2026 par la Direction générale du Trésor (DG Trésor), la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD). Aucune extrapolation, aucun commentaire politique, nous allons faire du factuel, le but principal étant d’ouvrir les yeux sur cet aspect-là du sujet.

Une économie comorienne structurellement fragile

Les Comores forment un archipel d’environ 900 000 habitants, avec un PIB de 1,6 milliard de dollars en 2025 selon les données de la DG Trésor. Pour donner un ordre de grandeur : c’est approximativement trente fois moins que le PIB de La Réunion, pour une population comparable. Le PIB par habitant s’établissait à 1 769 dollars en 2025, ce qui place l’archipel parmi les économies les plus pauvres de la zone océan Indien.

Structure du PIB des Comores
Répartition par secteur économique — 2025
PIB
50,1 %
Services
Tourisme, commerce, administration
36,6 %
Agriculture
Ylang-ylang, girofle, vanille, pêche
13,3 %
Industrie
BTP, transformation agroalimentaire
Visualisation Le Mahorais — données : Direction générale du Trésor, 2025

La structure économique est peu diversifiée. Les principales exportations reposent sur des produits agricoles de rente : ylang-ylang, clous de girofle, vanille. Des filières précieuses, mais étroites, volatiles et très sensibles aux aléas climatiques.

À savoir : En 2024, les exportations comoriennes ont diminué de 5,6 % par rapport à 2023, pénalisées par une chute de 63 % des exportations de vanille et de 26 % de celles de clous de girofle. Seul l’ylang-ylang a progressé (+37,5 %), selon la DG Trésor.

La croissance économique, autour de 3,3 % en 2024 et 3,8 % en 2025, est modérée. Elle est insuffisante pour améliorer significativement le niveau de vie, compte tenu d’une croissance démographique de près de 2 % par an. Concrètement, la vie ne s’améliore pas pour la majorité des Comoriens. Ce qui maintient l’équilibre, c’est un mécanisme extérieur à l’économie productive locale, et c’est là que Mayotte entre dans le tableau.

Ce qui fait vraiment tourner l’économie comorienne est l’argent envoyé de France

C’est ici que le tableau économique devient vraiment éclairant pour comprendre la relation entre les Comores et Mayotte.

Les envois de fonds des Comoriens établis à l’étranger représentaient 19 % du PIB comorien en 2024, selon la DG Trésor et la Banque mondiale, un chiffre qui donne le vertige. Pour comparaison, en France métropolitaine, ces mêmes transferts vers l’extérieur ne représentent qu’une fraction marginale du PIB national.

Ce chiffre de 19 % signifie concrètement que l’économie comorienne dépend massivement d’un flux d’argent venu de l’extérieur, et non d’une production locale. Ces transferts financent directement la consommation des ménages, l’éducation, la santé, et une partie des investissements privés aux Comores.

À savoir : Selon la Banque mondiale, 92 % de ces transferts proviennent de France, ce qui en fait la donnée la plus frappante du rapport de la DG Trésor de mars-avril 2026. Sur chaque euro envoyé aux Comores par des Comoriens vivant à l’étranger, 92 centimes viennent de personnes établies en France.

On estime à 350 000 le nombre de Comoriens vivant en France (DG Trésor, 2026), concentrés principalement dans les grandes villes de métropole et dans les territoires d’outre-mer, dont Mayotte.

Un tableau comparatif pour visualiser les écarts

Pour mesurer l’ampleur de la dépendance comorienne aux transferts, il est utile de comparer avec d’autres pays de la région océan Indien, toujours à partir des données officielles de la DG Trésor :

PaysTransferts diaspora / PIBPart provenant de France
Comores19,6 %92 %
Madagascar2,3 %85 %
Djibouti1,3 %45 %
Maurice1,9 %32 %

Les Comores sont de loin le pays le plus dépendant de la zone. Aucun autre archipel ou pays de l’océan Indien n’atteint ce niveau de dépendance aux transferts extérieurs, et aucun n’est autant concentré sur un seul pays d’origine.

La France, premier bailleur et premier partenaire : un rôle central

Au-delà des transferts privés des Comoriens vivant à l’étranger, la France joue un rôle institutionnel déterminant dans l’économie comorienne.

Via l’Agence française de développement (AFD), la France est le principal pays financeur du développement comorien parmi les membres de l’OCDE, avec 52,9 millions de dollars engagés, représentant 28 % des montants officiels reçus par le pays. Un document-cadre de partenariat franco-comorien, signé en juillet 2019, a prévu la mise en place d’un Plan de développement France-Comores doté de 150 millions d’euros.

Le portefeuille actif de l’AFD aux Comores s’élève à 254 millions d’euros, répartis sur plusieurs secteurs prioritaires : santé, éducation et formation professionnelle, protection de l’environnement, connectivité inter-îles et dynamisation du tissu économique local.

À savoir : Expertise France, filiale d’assistance technique du groupe AFD, disposait en 2024 d’un portefeuille de 7 projets nationaux aux Comores représentant 55 millions d’euros d’activité. Une aide budgétaire générale de 3 millions d’euros a également été accordée début 2026 pour soutenir les secteurs de la santé, de la formation professionnelle et du système des retraites comorien.

Sur le plan commercial, les échanges entre la France et les Comores ont atteint 43,7 millions d’euros en 2025, avec un déséquilibre marqué qui illustre à lui seul la dépendance économique de l’archipel.

Ce que la France envoie aux Comores :

ProduitPart des exportations françaises
Produits manufacturés divers28,7 %
Matériels de transport (véhicules)19,5 %
Produits agroalimentaires16,8 %
Équipements électriques et informatiques13,8 %
Produits pharmaceutiques7,3 %

Ce que les Comores envoient en France :

Très peu, seulement 4,3 millions d’euros en 2025. Quasi exclusivement des huiles essentielles, ylang-ylang et girofle, qui représentent à elles seules 74,3 % de ce que la France importe depuis les Comores.

Ces échanges sont purement commerciaux : les Comoriens achètent ces produits français, ils ne leur sont pas offerts. Il s’agit de transactions enregistrées par les douanes françaises, à ne pas confondre avec l’aide publique au développement que la France apporte par ailleurs via l’AFD, et dont nous avons parlé plus haut.

En clair : la France vend aux Comores des voitures, des médicaments et des équipements. Les Comores lui renvoient du parfum. Ce déséquilibre commercial se comble, lui aussi, par les transferts des Comoriens vivant en France.

Pour aller plus loin sur la position de Mayotte dans son environnement régional, cet article dresse le tableau complet des pays et îles qui entourent Mayotte.

Ce que ça signifie pour Mayotte : une lecture économique sobre

Pourquoi un habitant de Mamoudzou, de Koungou ou de Bouéni devrait-il s’intéresser aux indicateurs économiques comoriens ? Parce que ces chiffres décrivent une réalité structurelle qui ne changera pas rapidement, et que comprendre ce qui se passe entre la France et les Comores, c’est aussi comprendre ce qui se passe ici, à Mayotte.

Première réalité : l’économie comorienne repose sur un équilibre fragile. La Banque mondiale note que la croissance comorienne est « insuffisante pour permettre une hausse sensible du niveau de vie » compte tenu de la démographie. Le revenu moyen comorien en 2025 est d’environ 1 769 dollars par habitant par an, soit moins de 150 dollars par mois. L’écart avec le niveau de vie à Mayotte, département français avec accès aux minima sociaux, reste considérable.

Deuxième réalité : cette dépendance aux transferts rend l’économie comorienne très sensible aux chocs externes. Une crise en France, une variation de l’emploi des Comoriens vivant à l’étranger, une perturbation des canaux de transfert d’argent, et c’est directement la consommation des ménages comoriens qui est affectée. La DG Trésor note que ces « vulnérabilités restent fortes face aux tensions inflationnistes, aux pénuries structurelles et à la dépendance aux importations ».

Troisième réalité : les Comores exportent peu et importent beaucoup. Leur balance commerciale est structurellement déficitaire, avec un déficit courant qui s’est creusé à -2,2 % du PIB en 2024 selon la DG Trésor. Le pays dépend des importations pour l’alimentation et l’énergie, deux postes sur lesquels il n’a quasiment aucun levier de production locale.

Ces trois réalités décrivent un archipel voisin dont la stabilité économique est conditionnée à des flux en provenance de France, pas à une dynamique productive propre.

Les secteurs comoriens à surveiller : ylang-ylang, tourisme, BTP

Quelques filières méritent d’être suivies de près. Un archipel voisin qui produit davantage et dépend moins des transferts extérieurs, c’est un voisinage plus stable. Et la stabilité régionale, à 70 kilomètres de distance, ça compte.

🌸
Ylang-ylang
+37,5 %
Seule exportation comorienne en hausse en 2024. Présente à Mayotte et aux Comores, c’est le lien économique le plus concret entre les deux archipels.
✓ Si cette filière monte en valeur ajoutée, Mayotte en bénéficie aussi.
🏨
Tourisme et BTP
En hausse
Hôtel Galawa, hôpital El-Maarouf : les grands chantiers tirent la croissance du BTP en 2025. Les Jeux des îles 2027 devraient amplifier cette dynamique.
✓ Un tourisme comorien qui décolle réduit la dépendance aux transferts.
🏦
Secteur financier
13 %
Taux de prêts non performants. Les actifs financiers représentent seulement 35 % du PIB. Le crédit aux ménages et aux PME reste très limité.
⚠ Tant que ce verrou tient, la diversification économique restera lente.
Visualisation Le Mahorais — données : Direction générale du Trésor, Banque mondiale, 2025-2026

Tant que le secteur financier reste bloqué, la diversification économique comorienne restera lente, et la dépendance aux transferts des Comoriens vivant en France, structurelle.

Pour aller plus loin sur les leviers économiques disponibles dans notre région, le guide OCDE pour tirer parti de l’Europe à Mayotte offre un cadre complémentaire utile.

Un voisinage économique asymétrique, une réalité à long terme

Les données rassemblées dans cet article dessinent un tableau clair : les Comores et Mayotte partagent une géographie commune, une histoire commune, des familles parfois communes. Mais leurs trajectoires économiques divergent structurellement, et cet écart est documenté, mesuré, suivi par les institutions internationales.

Cet écart ne se comblera pas rapidement. La Banque mondiale, dans son mémorandum économique de 2023, soulignait que les Comores étaient « à la croisée des chemins » dans la redéfinition de leur modèle de croissance, avec des réformes nécessaires mais difficiles à mettre en œuvre dans un contexte de surendettement et de faiblesse institutionnelle.

Ce que Mayotte peut tirer de cette lecture ? Une compréhension plus fine de son environnement régional immédiat. Un département français au cœur d’un océan Indien en transformation, entouré d’économies insulaires fragiles dont il est, qu’il le veuille ou non, un acteur central.

Comprendre ce voisinage, c’est aussi mieux comprendre les défis que Mayotte partage avec ses voisins en matière de développement durable, de gestion des ressources naturelles et de services publics, comme en témoignent les enjeux environnementaux que Le Mahorais documente régulièrement, de la gestion des déchets à la fragilité des écosystèmes.

Sources utilisées dans cet article

  • Direction générale du Trésor, Lettre économique Afrique de l’Est et océan Indien, n° 58, mars-avril 2026
  • Direction générale du Trésor, Indicateurs et conjoncture — Comores, décembre 2025
  • Banque mondiale, Aperçu économique des Comores, 2025
  • Agence française de développement, données de portefeuille 2026

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