La Fondation Aga Khan choisit Mayotte, une première en territoire français

Le 8 juin 2026, la Fondation Aga Khan a signé un accord avec l'État français pour restaurer le lagon de Mayotte. Beaucoup de Mahorais ne connaissent pas cette organisation. On vous dit qui ils sont et ce qu'ils vont faire chez nous.
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La Fondation Aga Khan choisit Mayotte, une première en territoire français
Illustration d'une mangrove par Bishnu Sarangi de Pixabay | Le Mahorais

La Fondation Aga Khan, vous connaissez ? Le 8 juin 2026, un accord historique a été signé à Paris entre cette organisation internationale, le gouvernement français et l’Agence Française de Développement pour restaurer le lagon de Mayotte après les dégâts causés par le cyclone Chido. Un premier engagement de 8,5 millions d’euros, avec jusqu’à 50 millions d’euros prévus au total.

Avant de vous expliquer ce que ça change concrètement pour Mayotte, il y a une question que beaucoup de Mahorais se posent : qui sont ces gens, et pourquoi s’intéressent-ils à notre île ?

La Fondation Aga Khan, c’est quoi exactement ?

L’Aga Khan est le titre du chef spirituel des musulmans chiites ismaéliens, une branche minoritaire de l’islam qui compte environ 15 millions de fidèles à travers le monde, présents en Asie centrale, en Afrique de l’Est, en Europe et en Amérique du Nord. Mais l’Aga Khan n’est pas qu’un guide religieux, car depuis des décennies il a bâti un vaste réseau d’organisations de développement connu sous le nom d’AKDN, le Aga Khan Development Network, actif aujourd’hui dans plus de 30 pays. L’Aga Khan IV, le prince Karim, est décédé en 2025, et c’est son fils, le prince Rahim Aga Khan V, qui lui a succédé et qui a continué l’engagement pris auprès de Mayotte.

La Fondation Aga Khan n’est pas une organisation humanitaire d’urgence. Elle travaille sur le temps long avec des projets structurants dans des domaines très concrets : hôpitaux et centres de santé en Afrique de l’Est et en Asie du Sud, universités comme l’Université Aga Khan au Kenya, programmes de protection des écosystèmes côtiers dans l’océan Indien et initiatives de développement agricole durable dans des dizaines de pays. Ce qui rend la situation de Mayotte unique, c’est que c’est la première fois que la Fondation Aga Khan intervient dans un territoire français, et ce choix est directement lié au cyclone Chido.

Quand Chido a frappé Mayotte en décembre 2024, l’Aga Khan IV a pris contact avec le gouvernement français pour exprimer sa solidarité et son intention d’aider. Ce geste ne s’est pas arrêté aux mots, puisqu’en juillet 2025 une déclaration d’intention était signée à l’Élysée en présence du président Macron, et que le protocole du 8 juin 2026 en est la traduction opérationnelle et concrète.

À savoir : La cérémonie de signature a eu lieu le jour de la Journée mondiale des océans, une date choisie symboliquement pour rappeler l’enjeu central de tout cet accord, qui est la protection du lagon.

Pourquoi le lagon de Mayotte avait besoin d’aide d’urgence

Le lagon de Mayotte est l’un des plus grands lagons fermés au monde, mais avant même que Chido ne frappe, il était déjà sous pression à cause de l’érosion côtière, de la dégradation progressive de la qualité de l’eau et de la surpêche dans certaines zones, un constat que nous avions déjà dressé dans l’île aux parfums noyée dans ses déchets. Le cyclone a aggravé l’ensemble de ces problèmes en provoquant une déforestation massive des zones côtières, un fort ruissellement de sédiments vers le lagon et la destruction partielle des mangroves qui protégeaient le littoral.

Pour comprendre l’enjeu, il faut savoir ce que sont les mangroves. Ce sont ces forêts de palétuviers aux racines plongeant dans l’eau salée que l’on voit le long des côtes de Grande-Terre, et elles jouent un rôle vital en protégeant les côtes contre l’érosion, en servant de nurserie aux poissons et en filtrant les eaux avant qu’elles n’atteignent le lagon. Quand elles disparaissent, c’est tout un écosystème qui se fragilise, comme l’illustre la pétition pour sauver nos forêts lancée par des citoyens mahorais.

Ce partenariat s’inscrit d’ailleurs dans un objectif bien plus large que la seule reconstruction post-Chido, puisque les deux parties portent ensemble la candidature du lagon de Mayotte au patrimoine mondial de l’UNESCO, une reconnaissance qui transformerait durablement le rayonnement touristique et économique de l’île.

Ce que la Fondation Aga Khan va faire concrètement à Mayotte

Les projets sont coordonnés par l’AFD en lien avec le Parc Naturel Marin de Mayotte, le Conservatoire du littoral et la MAPAM, l’agence publique chargée de la reconstruction. Quatre priorités ont été définies pour cette première phase avec les 8,5 premiers millions d’euros.

La restauration des mangroves passe par la replantation et la mise en place de plans de gestion pour les zones les plus dégradées par le cyclone. L’amélioration de la qualité des eaux littorales repose sur un suivi renforcé et des actions concrètes pour réduire la pollution côtière. La filière pêche mahoraise sera accompagnée vers des pratiques plus durables et mieux adaptées à la fragilité du lagon, et les pratiques agricoles dans les bassins versants seront revues pour réduire l’érosion qui ensable progressivement le fond du lagon.

Au-delà de cette première tranche, l’accord prévoit 25 millions d’euros supplémentaires orientés vers la gestion des déchets, l’accès à l’assainissement et la protection de zones terrestres à fort enjeu de biodiversité, avec un comité stratégique qui se réunira dans les prochains mois pour définir ces projets en détail. Ce qui se passe à Mayotte est par ailleurs explicitement conçu comme un laboratoire pour l’océan Indien, avec une expérience qui a vocation à bénéficier aux îles voisines comme les Comores, Madagascar et Maurice.

À savoir : L’AFD joue le rôle d’opérateur central dans ce dispositif. C’est elle qui débloque les fonds de la Fondation Aga Khan, pilote les projets et garantit leur bonne exécution en s’appuyant sur plus de vingt ans de collaboration avec l’AKF dans d’autres pays.

Ce que ça change pour les Mahorais

Ce partenariat apporte d’abord une bonne nouvelle très concrète, puisque des financements extérieurs significatifs arrivent pour restaurer l’environnement naturel dont dépendent directement de nombreuses familles mahoraises, à commencer par les pêcheurs et tous ceux qui vivent du lagon. C’est aussi un signal fort sur le plan international, car le fait qu’une organisation de cette envergure, active sur trois continents et dans plus de 30 pays, choisisse Mayotte comme premier territoire français d’intervention dit quelque chose de la place que notre île peut occuper dans les coopérations régionales à venir.

Les premiers chantiers devraient démarrer dans les prochains mois et Le Mahorais suivra l’avancement de ces projets de près.

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